Thèmes d'intervention et contenus

La prison au carrefour de deux concepts : entre hétérotopie et hétérophobie

Michel Foucault définissait la prison comme une hétérotopie, c’est à dire « un lieu hors lieu », au même titre que les hôpitaux, les asiles, les cimetières... Nous essaierons de voir en quoi, l’univers carcéral est un espace radicalement autre qui vise à faire peur, à dissuader, et comment cette réalité s’inscrit dans les murs de la prison, dans son emplacement géographique, dans sa morphologie et sa généalogie sociologique. Les débats autour des lieux d’implantation des prisons ont soulevé et soulèvent encore de vives polémiques, la prison devant être tenue à distance, loin de chez soi, par peur d’une contamination symbolique des collectivités “accueillantes”. L’image stigmatisante de la prison a conduit nos sociétés à construire aujourd’hui les lieux de détention hors de la cité. Le sociologue Albert Memmi utilise le concept d’hétérophobie – qu’il définit comme « le refus agressif d’autrui » – plutôt que celui de racisme. Dans le cadre de cette problématique, nous interrogerons les liens entre hétérotopie et hétérophobie pour voir comment à une grammaire de la peur se superpose une grammaire des lieux.

Les rapports entre la banlieue et la prison

Un nombre important de personnes détenues, notamment des jeunes, résident habituellement en banlieue. Tout est comme si, pour certaines de ces personnes, la prison s’inscrivait dans le prolongement de la banlieue. Le passage en prison est alors « domestiqué » et banalisé. Le sens affiché de la sanction pénale est souvent désamorcé et détourné par les jeunes qui ont des comportements délinquants. La sanction devient un signe de distinction valorisant, l’incarcération un rite de passage entre le dedans et le dehors qui fait entrer les jeunes dans la « maison des hommes » et les installe dans un caïdat en leur donnant une notabilité dans leur quartier. Nous questionnerons ces observations, en essayant de voir en quoi elles participent d’un « fait social », à partir d’une recherche qualitative réalisée pour le service des études du Fasild.

La prison mise au ban

Le rapport parlementaire « La France face à ses prisons » publié en 2000 était sans équivoque. Sans appel, il est resté sans réponse. Depuis 2000, moult états de lieux, tous plus accablants les uns que les autres, ont été dressés sur la question carcérale. En 2006, nombreuses sont les institutions parmi les plus reconnues qui alertent sur les atteintes aux droits de l’homme en prison. Le 15 février 2006, le Commissaire européen aux Droits de l’Homme, Alvaro Gil- Robles condamnait sans détour les conditions de détention en France. Il soulignait l’inadéquation entre « le discours de la France, les bonnes volontés qu’elle affiche et sa pratique ». La Cour des comptes en janvier et le Conseil économique et social dans un avis publié le 22 février stigmatisent consécutivement les geôles de la république française du XXIe siècle. L’Observatoire international des prisons (OIP), à travers les états généraux de la condition pénitentiaire en fait de même et propose une loi pénitentiaire. La campagne « Trop, c’est trop ! » pour le numerus clausus en prison a saisi pour sa part l’angle de la surpopulation endémique. Avec 60 634 personnes détenues au 1er février 2006, une surpopulation carcérale à laquelle la construction de nouvelles prisons ne suffira pas à répondre, la France s’entête à conduire des politiques pénales et pénitentiaires arc-boutées sur le tout carcéral en dépit des recommandations du conseil de l’Europe, du CPT (Comité de prévention de la torture et des traitements inhumains et dégradants), de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) et de l’OIP. Qu’en est-il de l’état des lieux sur la question et des enjeux soulevés par ces constats ? A-t-on des enseignements à tirer d’éléments de comparaisons internationales et historiques ?

L’instrumentalisation du sentiment d’insécurité

Ce constat nous conduit à nous interroger sur l’inadéquation entre le sens affiché de la peine privative de liberté et son sens caché. La prison s’inscrit-elle encore aujourd’hui dans un continuum d’exclusion et de contrôle social d’un certain type de population ? Qu’en est-il de l’actualité des notions foucaldiennes de société disciplinaire et d’archipel carcéral ? En quoi et comment le discours contemporain sur le sentiment d’insécurité est-il mobilisé par des politiques afin de légitimer la mise en place de dispositifs sécuritaires ? Réflexion sur l’instrumentalisation politique du sentiment d’insécurité, la représentation médiatique des faits sociaux et la place, le sens du travail social dans un tel contexte.

Les alternatives à l’enfermement et l’aménagement des peines

Une étude statistique commandée par le ministère de la Justice et publiée en 1994 (Kensey/Tournier) montrait que plus la durée des peines est élevée, plus le taux de récidive l’est également. En 2005, une autre étude de ces mêmes chercheurs, auxquels s’associent Françoise Lombard et France Line Mary, intitulée « Sanctions alternatives à l’emprisonnement et récidive », nous interpelle à nouveau. Tandis que la France est confrontée à une surinflation carcérale, les mesures alternatives à la prison sont peu développées et les efforts d’aménagement des peines sont aujourd’hui en régression. Le rapport Farge et le rapport Warsmann, parmi d’autres, ont pourtant rappelé la nécessité de relancer les libertés conditionnelles et les alternatives à l’incarcération. Tout est comme si nos politiques pénales étaient aliénées à la peine d’enfermement. Quels sont les ressorts et les enjeux de cette aliénation ?

Effacement de la notion de personne et institution : le paradigme carcéral

Nous essaierons de voir à la manière de Goffman comment la prison en tant « qu’institution totalitaire » participe d’un effacement de la notion de personne en détention, notamment à travers des rites de passage entre le dehors et le dedans et par le quotidien du fonctionnement carcéral. Nous interrogerons l’enfermement dans sa propension à la négation de l’être, au regard du respect du droit et de la dignité des personnes tout en envisageant « le champ des possibles » en termes de réhabilitation de la notion de personne dans un espace sous contrainte. La reconnaissance et le respect de la notion de personne étant placés comme une exigence éthique devant s’actualiser dans des pratiques. La prison sera abordée comme un lieu hors lieu, définit par Michel Foucault sous le concept d’hétérotopie. Ce concept sera croisé avec celui d’hétérophobie emprunté au sociologue Albert Memmi. Dans l’entrelacs de ces deux concepts nous interrogerons celui « d’effacement de la notion de personne » à l’aune de la notion « d’homme nu » chez Agamben. Une déconstruction sociologique de la prison et de la figure du criminel relevant de l’anthropologie, la sociologie, la criminologie, la psychologie sociale, l’histoire. Réflexion ancrée dans une pratique de recherche ouverte sur d’autres institutions : hôpitaux, établissements psychiatriques et institutions éducatives notamment.

La vigilance contre les violences institutionnelles

Le fonctionnement de diverses institutions qui accueillent des usagers (patients, personnes âgées, mineurs, détenus), génère un certain nombre de violences structurelles. Ces institutions sont des lieux où se nichent différentes atteintes ou abus à la dignité des personnes. Comment prévenir ces violences en institution ? Comment éviter que celles-ci ne se banalisent et ne s’inscrivent comme un déterminisme ? Nous interrogerons le sens des pratiques – dans le secteur sanitaire et social – au regard de cette problématique, après avoir examiné les contraintes de ce champ et les injonctions paradoxales propre à chaque institution. Ce questionnement s’articule et se développe à partir du chapitre précédent.

Le respect de l’intimité en détention

Intimité et détention, une inconciliable tension ? Au cours de ces vingt dernières années a été annoncée, à maintes reprises par la voix de gouvernements successifs, la mise en place d’unités de visites familiales (UVF) à titre expérimental dans des établissements pénitentiaires. Quelques timides tentatives ont vu le jour. Des précédents existent dans différents pays. Nous procéderons à une comparaison internationale en montrant les enjeux et les limites d’un tel projet. Nous élargirons la question en essayant de voir ce qu’il en est du respect de l’intimité, de la vie privée et des liens des personnes accueillies dans d’autres institutions (hôpitaux psychiatriques, hôpitaux généraux, cliniques, maisons de retraite, internats, divers…). Nous mettrons en commun nos expériences et connaissances réciproques autour de ces questions.

L’identité professionnelle du personnel de surveillance

Les agents de l’administration pénitentiaire sont pris dans un faisceau de règlements qui les contraint à des pratiques stéréotypées où l’initiative personnelle a peu de place. Le plus souvent réduits à un rôle de surveillance à vocation sécuritaire, disciplinaire ou répressive et à un statut peu valorisant, ils se sentent insuffisamment investis par la fonction de réamendement affichée par l’institution – en raison d’un manque de moyens ou de disponibilité – et ne croient guère, dans ces conditions, au volet réinsertion de la peine privative de liberté pourtant inscrit dans le code pénal. Nous traiterons de l’identité professionnelle des personnels de surveillance et plus largement de la relation carcérale à partir des travaux de Chauvenet, Orlic, Benguigui, Rostaing, Lhuilier, Zimbardo, Milgram notamment et d’un corpus d’entretiens réalisés auprès de personnels de surveillance, de personnes détenues, de magistrats et avocats.

Les mineurs entre le monde socio-éducatif et le monde judiciaire.

Comment les mineurs se repèrent-ils à travers les différents dispositifs qui leur sont proposés et les acteurs qu’ils rencontrent ? Comment les institutions arrivent-elles à concilier les notions de protection et de prévention dans un contexte où la commande et les injonctions politiques et judiciaires les invitent à collaborer à des dispositifs plus centrés sur le répressif que sur le préventif et l’éducatif ? Quel est le cadre juridique de l’incarcération des mineurs ? Qu’en est-il des mineurs face à la prison au regard de l’esprit de l’ordonnance de 1945 ? Quels sont les effets et les conséquences d’une incarcération d’un mineur pour sa propre personne, sa famille et la société ? Les mesures éducatives ont-elles été épuisées avant d’envisager le recours à l’incarcération ?

Éducation et sanction : « Dis-moi comment tu sanctionnes et je te dirais comment tu éduques ... »

La sanction est aujourd’hui, dans bien des cas, au cœur des dispositifs éducatifs. Elle est un instrument de régulation des rapports sociaux et de gestion des conflits sensé préserver une certaine paix sociale au sein de la vie collective. Bien souvent la sanction est une réponse type à des situations qui pourraient être appréhendées autrement. Elle permet de faire l’économie d’une réflexion plus approfondie. Si la punition peut apparaître comme « confortable » à court terme, à moyen terme elle comporte des inconvénients majeurs tant pour les personnes accueillies que pour les éducateurs et la collectivité. Quelles réponses apporter aujourd’hui à la transgression de « la » règle ? L’écart à la règle ne nécessite-t-il pas des réponses pédagogiques individualisées et spécifiques au regard de chaque contexte ? Nous interrogerons le sens de la sanction dans les établissements éducatifs et dans le prolongement, le sens de la sanction pénale à travers différentes approches relevant des sciences sociales.

L’homophobie, une violence sexuée : quelles implications dans les institutions

L’homophobie, que l’on peut définir comme la peur envers les personnes qui montrent ou à qui l’on prête certaines attributions socialement assignées à l’autre genre, est génératrice de discriminations et de violences sexuées. Loin d’en être épargnées, les institutions sont le théâtre d’une homophobie qu’elles reproduisent ou légitiment parfois. Par-delà son ancrage historique et anthropologique, nous essaierons de cerner la prégnance de l’homophobie – comme violence diffuse liée à la socialisation – dans le monde contemporain et dans les institutions, d’en définir les formes, d’en cerner les enjeux et de voir comment cette réalité se traduit dans le champ sanitaire et social.

Modalités : interventions sur sites

Publics :
• Professionnels des secteurs socio-judiciaire et médico-social, personnels soignants et hospitaliers, enseignants, responsables associatifs…

Objectifs :
• Acquisition des apports des sciences sociales dans les différents thèmes traités

Méthode :
• Approches pluridisciplinaires en sciences sociales • Exposé (supports : textes et vidéos) • Confrontations des expériences et réflexions de chacun • Évaluation en fin de formation

Durée et mode d’intervention :
• Sessions de formation d’une demi-journée à 3 jours • Mode conférence débat

Interventions réalisées

Formations et conférences : Universités de Nanterre, Montpellier, Toulouse Le Mirail (DEA), Lyon 2, Saint-Étienne ; Sauvegarde de l’enfance de la Loire ; UFCS Saint-Étienne, Zurich ; Maison des sciences de l’homme (Paris) ; Institut des droits de l’homme (Lyon), Vienne ; Barreau de Paris ; FARAPEJ (Paris) ; CRI ; GENEPI ; ACAT ; ANPASE (Rouen) ; ETES de Marvejols ; IUFM et Ifsi du Puy-en-Velay, Ifsi de Saint- Chamond ; Institut européen du civisme (Lille) ; PTFPJJ Orléans (Rennes, Rouen, Lyon, Nancy, Strasbourg) ; Collège coopératif d’Aix-en-Provence ; Institut de recherche interdisciplinaire sur la société et Aleph (Lyon) ; Céméa d’Aubervilliers ; Buc Ressources (Versailles) ; Institut de criminologie (Lyon) ; UMD de Cadillac ; Hôpital de la MGEN (La Verrière) ; Sciences-po Lyon, Centre Thomas Moore (La Tourette), IDS Rouen, Université européenne de l’engagement (Afev-Toulouse)…

Presse écrite : Libération, Le Monde, Le Monde Diplomatique, Lyon Capitale, Politis, Raison Présente, Le Passant Ordinaire, Lieu-dit, Aleph, le Croquant, Ville-Ecole-Intégration (revue du CNDP), Fondations (revue de la Fondation Abbé Pierre), Le journal des professionnels de l’Enfance, Le Progrès, La Tribune, L’Express, Le Nouvel Observateur, presse régionale et diverses revues...
Radios : France Culture « La voix du silence », France Inter « Cosmopolitaine » et « À toute allure », France Info, RFI, ainsi que de nombreuses radios régionales.
- Télévision : France 3, France 2, Paris Première, Canal +, TLM, LCI...

20 rue du Collège
43000 Le Puy-en-Velay
Tél : 04.71.02.15.60
Port : 06.82.59.54.29
e-mail : sema-phore@wanadoo.fr
site : www.sema-phore.fr
 
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